Chapitre 27 L’espoir d’un avenir

C haque matin, Yurgen déjeune avec Didier, Maryse et leurs enfants, puis il part chercher du travail. Il rejoint d’autres maçons, sur une place d’El Alto où les patrons et les particuliers viennent choisir un ouvrier pour la journée, pour la demijournée parfois. Il faut être là de bonne heure et attendre d’être désigné.

Quand il n’est pas pris, Yurgen cherche ailleurs. Puis Didier et Maryse lui trouvent un travail, comme maçon, dans une église, avec des amis à eux. Ainsi, Yurgen passe plus de temps à travailler et moins à chercher.

« Le soir, je parle de ma vie avec Didier et Maryse. Ils m’écoutent et prennent le temps de s’intéresser vraiment à moi. Ils me proposent d’abord d’aller voir un orphelinat privé qui leur semble sérieux. Ça ne me tente pas, mais, pour leur faire plaisir et montrer que je fais des efforts, je vais quand même le visiter. Évidemment, ça ne me plaît pas du tout et j’explique à Didier et Maryse que je ne veux pas vivre dans ce genre d’endroit.

« Dans ce cas, dis-nous ce que tu souhaites » me demandent-ils.

J’ai confiance en eux. Alors, je leur confie que j’aimerais beaucoup reprendre mes études. Ils m’écoutent. Ils m’écoutent sérieusement, comme s’ils se préoccupaient sincèrement de moi. C’est bientôt la rentrée et Didier et Maryse proposent aussitôt de m’inscrire à l’école. Bien sûr, j’accepte. Je suis super content. Je les remercie. Seulement, je pense qu’ils veulent m’inscrire dans une école nocturne, comme au lycée Brasilia. Aussi, je suis surpris quand ils m’accompagnent dans un collège privé, de jour.

« C’est impossible, je leur explique. Si je dois aller à l’école chaque matin, je ne pourrai pas travailler. Je dois travailler la journée et me rendre à l’école le soir. »

Mais Didier et Maryse m’apprennent que je n’ai plus à me soucier de travailler. Je suis un enfant et je dois m’occuper de mes études. Et uniquement de mes études. Eux s’occupent du reste. Je n’en crois pas mes oreilles. Je suis super heureux ! Enfin, je peux vivre comme un enfant !

Une nouvelle vie commence alors. Je vais à l’école, j’étudie, et, quand je rentre à la maison, il y a quelqu’un qui m’attend. C’est un rêve. Un rêve incroyable. Impensable il y a encore quelques semaines. Je savoure cette rentrée. À l’école, je parviens à rattraper mon niveau. Je passe aussi du bon temps avec les copains, et avec Samuel et Maria à la maison. La vie devient douce. Incroyablement douce ! Mais, un soir, Didier et Maryse me demandent ce que j’aimerais maintenant, comme s’ils devinaient qu’il me manque quelque chose. « Ce que je veux, je dis, c’est une famille. Pas un centre, pas un orphelinat. Une famille. » C’est sorti comme ça.

Ils m’écoutent encore. Et on en reste là. Pas très longtemps. Dès le lendemain soir, on discute à nouveau. Didier et Maryse me disent : « Voilà, on a réfléchi. Tu veux une famille, alors on propose de t’adopter. Qu’est-ce que tu en penses ? » J’ai le cœur qui bat à mille à l’heure. Mais immédiatement, c’est mon premier réflexe, je pense à mon frère. Jusqu’à présent, je ne leur en ai pas parlé. Cette fois, je n’ai pas le choix et je leur confie que je n’imagine pas être adopté sans Yansen. Je veux une famille, mais une famille avec mon frère. Même s’il n’est pas à mes côtés, je ne l’ai jamais oublié.

Passé la première surprise, Didier et Maryse me demandent où se trouve ce second petit Bolivien au prénom germanique (mon père l’avait baptisé du prénom de son deuxième meilleur ami en Allemagne !). Je me lance donc dans une explication limpide :

« Euh… ça paraît compliqué mais en fait c’est simple : Yansen a été recueilli par ma tante à Matchacamarca avant d’être envoyé chez le demifrère de mon père, sans doute à Llallagua, à côté de Potosí. Mais je n’en suis pas vraiment certain. Peutêtre que mon oncle, celui d’Oruro, en sait plus. Faudrait lui demander. »

Cette fois, je suis convaincu que Didier et Maryse vont me mettre dehors, moi et toutes mes histoires incroyables. En plus, je leur ai menti sur mon âge, je me suis un peu rajeuni, pensant qu’ils s’intéresseraient ainsi davantage à moi. S’ils l’apprennent, avec l’histoire de mon frère maintenant, ça risque de faire beaucoup. Et ils n’ont pas encore rencontré mon oncle, ni ma tante témoin de Jéhovah !

Mais Didier et Maryse en ont vu d’autres durant ces années passées à El Alto et ils tiennent bon. Quelques jours plus tard, Didier me pose la main sur l’épaule et me lance : « Bon, il serait peut-être temps d’aller chercher ton frère. »

Le lendemain, on prend le premier bus ensemble pour Oruro. »



Dominique CADIOU <domi.cad2@gmail.com>

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