Chapitre 26 Nouveau problème

Deux semaines plus tard, Yurgen revient sur le premier chantier. Samuel réapparaît aussitôt, et Yurgen décide d’aller saluer ses parents. Didier est heureux de le revoir et il l’invite le samedi suivant à un concert. Il lui propose de venir avec son copain Hernán.

Yurgen est très touché par cette nouvelle invitation et il accepte immédiatement. Après son travail, il en parle à Hernán qui lui aussi est d’accord. Hélas, les choses ne se passent pas comme prévu...

- Quand le week-end arrive, Hernán change d’avis. Il préfère jouer au foot. On doit faire une équipe pour un tournoi et il insiste pour que j’y participe. Je suis embêté, parce que j’ai envie de revoir Didier, Maryse et leurs enfants, mais j’ai peur de refuser d’accompagner Hernán. Si on se fâche, je n’aurai plus d’endroit où aller. Prudent, je choisis la seconde solution. On va jouer au foot.

Le lundi, je ne retourne pas sur le chantier car mon patron m’envoie encore ailleurs. Je ne revois donc pas Didier et Maryse pendant trois semaines. Le temps passe. Puis, un week-end, toute la famille d’Hernán est réunie. La mère, les filles, mon patron qui continue de me payer quand ça lui chante, Hernán et moi. La plus jeune des filles, Virginia, a préparé une salade, et je refuse d’en manger. Elle l’a lavée avec une eau vraiment sale, et je dis :

« Non, j’en veux pas, tu as fait ça n’importe comment … »

Je fais ma forte tête, on se dispute. Mais je ne cède pas. Après le repas, je pars avec Hernán jouer au foot. Seulement, quand on rentre le soir, Virginia a réussi à convaincre sa mère que je suis un voyou, que j’exerce une mauvaise influence sur Hernán et qu’il faut me mettre à la porte. La mère se laisse manipuler par sa fille et me prend en grippe. Le soir même, elle me jette dehors !

Heureusement, mon patron, qui habite juste à côté, m’accueille pour la nuit. Il est radin mais plutôt gentil. Seulement, le lendemain, sa bellemère débarque chez lui et me dit que sa décision s’applique également chez son gendre. C’est elle qui décide et je dois partir de son terrain (c’est-à-dire du terrain dont elle n’est même pas propriétaire !).

Personne ne s’oppose à la mère d’Hernán. C’est ainsi que je me retrouve encore sans toit. Je repasse voir mon patron sur le chantier. Seconde mauvaise nouvelle : il ne veut plus m’embaucher, pour ne pas déplaire à sa belle-mère. Je lui demande au moins de me donner ce qu’il me doit : voilà des mois qu’il ne me paye plus ! Mais il prétend qu’il n’a pas d’argent, que les clients n’ont pas réglé leur facture et qu’il ne peut rien faire pour moi. 

Il ne me reste plus qu’à faire ma valise. Enfin, c’est une image, car je n’ai pas de valise, juste un sac en plastique pour mettre quelques affaires. Et je pars. Je traîne dehors toute la journée, le moral à zéro. Le soir arrive, je ne veux pas retourner au foyer, sinon je suis bon pour l’orphelinat… Je marche dans les rues, mon sac à la main, sans savoir où aller. Et là, je ne sais pas pourquoi, un espoir un peu fou peut-être, je décide de tenter ma chance chez Didier et Maryse. Ma dernière chance. J’hésite plusieurs fois, je vais, je viens dans les rues d’El Alto. 

Ce n’est pas facile de ne jamais rien posséder, de demander l’hospitalité. Pour éviter un refus, parfois, on préfère ne rien demander. J’hésite longtemps devant cette maison, devant cette famille. Je finis par lancer timidement quelques petits cailloux à la fenêtre. Il est déjà tard… quand Didier ouvre la porte. Je suis en face de lui, avec mon sac en plastique, et lui, il est en pyjama ! On pourrait presque éclater de rire. Il me fait entrer aussitôt. On discute (heureusement qu’il aime parler !), je lui explique mon problème, et il me propose immédiatement de dormir chez lui cette nuit.

Depuis ce jour, j’ai dormi toutes les nuits dans cette maison.

Depuis ce jour, la chance a tourné. 



Dominique CADIOU <domi.cad2@gmail.com>

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