Chapitre 22 L’oncle se fâche

Après l’enterrement, Yurgen retourne chez son oncle. Son frère, lui, est accueilli quelques jours chez une tante à Matchacamarca, à quelques kilomètres d’Oruro. Mais très vite il doit repartir. Les membres de la famille de Yurgen ne veulent pas de lui car ils n’ont pas de lien avec sa mère. Ils ne s’en sentent pas responsables et refusent de le garder.

Comme personne n’a de nouvelles de la mère de Yansen, les oncles et tantes de Yurgen prennent contact avec un demi-frère de Jorge qui vit dans la région de Potosí, encore plus au sud du pays. Ils envoient Yansen là-bas.

De son côté, Yurgen se remet doucement du décès de son père. Il rentre tard, de plus en plus tard et son oncle s’inquiète.

- À l’école, ça va moins bien car je ne travaille plus vraiment.

Je passe mon temps avec Sergio.

Un après-midi, on vole des bagues et des bijoux de fantaisie. On en a beaucoup et ça représente pas mal d’argent. Seulement, on ne réussit pas à tout vendre. On est vendredi et Sergio me propose de garder le reste de notre « butin » chez lui. C’est ce qu’on fait d’habitude : avec ses parents aveugles, c’est moins risqué. Et là, je réponds : « Non, non, c’est pas la peine. Ça va aller. Je garde ma part. »

Je cache tout dans mon cartable et je rentre. C’est dangereux d’être trop confiant. Le lendemain matin, mon oncle a fouillé mon sac. Il a tout découvert. Il me traite de voleur, il me bat. C’est la première fois qu’il me frappe. « Pour me remettre dans le bon chemin » assure-t-il. 

Et, le lundi, mon oncle va à l’école, il se plaint et affirme que c’est en classe que j’ai trouvé de mauvaises fréquentations. Il est persuadé que Sergio m’a incité à voler, alors que je l’ai suivi librement. Mon oncle s’énerve et demande comment des élèves comme Sergio peuvent fréquenter cette école réputée sérieuse… Les sœurs sont choquées et très en colère. Elles enquêtent pour connaître la vérité. Sergio se défend : il prétend aussitôt que c’est moi qui l’ai entraîné, moi qui étais déjà un voleur à La Paz, moi qui fréquentais des drogués, moi qui suis un voyou. Sergio, si beau, si propre sur lui, un enfant si courageux élevé par de pauvres parents aveugles, Sergio sort le grand jeu et emporte la partie… Qui oserait mettre sa parole en doute ?

C’est donc moi qui endosse tout. Je mesure une nouvelle fois la solidarité entre voleurs. Mais je m’en moque. Je n’ai rien à perdre. Mon père est mort, mon frère a disparu et je ne me plais pas chez mon oncle. Je ne proteste même pas. Je suis renvoyé de l’école et mon oncle décide de me confier à sa sœur, qui habite à Matchacamarca, où vit également ma grand-mère.

« Là-bas, affirme mon oncle, il y a moins de monde, c’est plus tranquille et tu feras moins de bêtises. »

La qualité première de mon oncle, c’est peut-être l’optimisme. »



Dominique CADIOU <domi.cad2@gmail.com>

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