Chapitre 16 La main dans le sac

Depuis quelque temps, Yurgen et sa bande ont repéré une petite boutique où une vieille dame vend du pain et des boissons. Cette femme âgée voit très mal ; aussi, ils en profitent pour la payer avec de faux billets et des billets très usagés, car, en Bolivie, quand un billet est très vieux, personne n’en veut et il perd sa valeur. Peu à peu, les enfants la prennent comme cible. Elle est seule, presque aveugle, et si les clients qui entrent chez elle la respectent et se comportent honnêtement, Yurgen et sa bande ne ratent pas une occasion de voler des produits dans sa boutique. 

Ces agissements ne sont pas sans conséquence.

« Un matin, je découvre qu’il n’y a plus de boutique. Cette dame l’a fermée. Ça me fait mal parce qu’elle avait l’air gentille. J’en ai lourd sur la conscience… c’est peut-être notre faute. Ce jour-là, je me rends compte qu’on vole aussi des gens qui sont dans le besoin. Je commence à douter de ce que je fais. Mais je n’ai pas vraiment le choix. Alors, je décide de mieux choisir mes victimes. Si c’est quelqu’un qui a bu, je le vole sans honte. Sinon, j’évite.

L’autre déclic, c’est un soir. On se rend en bande à un mariage pour essayer de récupérer les restes du repas. Souvent, les gens prévoient trop de nourriture, et on tente notre chance. Bien sûr, quelqu’un garde toujours l’entrée, mais on prétend qu’on est de la famille, on baratine. Seulement, cette fois, ça ne marche pas, on n’est pas chanceux. Alors, on reste dehors, pas très loin de l’entrée, à attendre, pour voir ce qu’on pourrait faire. Et on repère un bus, garé sur la place. Dans les bus, on sait que les chauffeurs laissent souvent un peu d’argent, quelques pièces qui leur servent à faire la monnaie. Juste des centavos, mais c’est mieux que rien… On s’approche, on veut forcer la porte, mais elle est solidement fermée. Un copain essaye d’ouvrir toutes les fenêtres. Dans ces vieux bus, parfois, il y en a une qui ferme mal. Cette fois, on est chanceux. On en trouve une, tout en fond du car. On l’ouvre mais personne n’ose entrer. Pour montrer mon courage, je dis : « J’y vais. »

Les autres surveillent la place et ça ne me semble pas trop risqué. Alors, je me glisse par la fenêtre du fond. Une fois à l’intérieur, je remonte l’allée centrale du bus pour rejoindre la place du chauffeur. Près du siège, je trouve les pièces. À côté du volant, j’ouvre une autre fenêtre, plus petite, et je passe l’argent aux copains. Je cherche aussi les outils qui servent à la réparation du bus, les clés, tous les objets de valeur. On ne sait jamais… Mais, à ce moment-là, j’entends un bruit dans mon dos. Je me retourne : quelqu’un s’apprête à ouvrir la porte du bus ! Il me voit et crie : « Un voleur ! Un voleur ! » 

D’autres personnes le rejoignent. Ils ouvrent la porte ; ça prend un peu de temps parce qu’elle est fermée avec une serrure mais aussi une chaîne et un cadenas aux poignées. Là, j’ai la peur de ma vie. Je sais qu’ils vont me battre s’ils m’attrapent. En Bolivie, les gens se font d’abord justice eux-mêmes avant d’appeler la police.

« Mais pourquoi les copains ne m’ont-ils pas prévenu ? » Je tourne la tête dans tous les sens pour les chercher. Je m’aperçois qu’ils sont déjà

partis, sans même m’avertir. La porte s’ouvre. Je détale vers l’arrière du bus. Pas le temps de réfléchir, je me jette tête la première par la fenêtre. Je m’érafle tout le côté du corps et j’atterris tant bien que mal à l’extérieur. Le propriétaire du bus et les autres personnes sont surpris. Ils pensaient me tenir et ne s’attendaient pas à me voir m’échapper par l’arrière.

Je me suis déjà remis sur mes jambes. J’entends les cris derrière moi. J’ai juste le temps de m’enfuir dans la nuit et d’aller me cacher. 



Dominique CADIOU <domi.cad2@gmail.com>

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