Chapitre 5 Fou de jeux vidéo

S’ installer du jour au lendemain dans une grande ville, ce n’est pas facile. Au départ, Yurgen a peur de sortir de chez lui. Il n’a plus de copains. À Oruro, la ville était petite, tout le monde, ou presque, se connaissait. À La Paz, ce n’est plus la même chose. Aussi, pour son premier jour à

l’école, Jorge accompagne son fils. Mais ensuite Yurgen devra se débrouiller. Son père, lui, prendra le bus de bonne heure pour aller travailler à El Alto, « chez les pauvres ».

Heureusement, en classe, Yurgen se fait rapidement des copains. Mais ces derniers n’habitent pas forcément à côté de chez lui car, à La Paz, les écoles regroupent des grands quartiers. Alors, pour les retrouver, il commence à sortir seul en ville.

« Je vais à l’école tous les matins. L’école, en Bolivie, ça se passe soit le matin, soit l’après-midi. Il y a tellement d’enfants qu’on ne peut pas tous s’y rendre en même temps. Sinon, les classes compteraient souvent plus de cent élèves ! L’aprèsmidi, je rejoins donc les copains. Je reste dans la rue avec eux et je comprends très rapidement comment ça fonctionne, comment traverser par exemple. Je n’ai jamais vu un feu, alors j’observe un peu comment font les autres et, après, je sais comment m’y prendre. J’apprends vite. Avec les copains, on joue au foot et aux militaires. Il y a encore beaucoup de terrains vagues dans le quartier. Et puis, je prends de l’assurance, alors j’explore aussi la ville, seul, toujours plus bas. Plus je descends, plus c’est beau ! Tout est magnifique ! Je découvre un grand centre commercial où il y a des jeux vidéo, des restaurants pour les gens riches, des magasins où on vend des animaux. Il y a même un salon de coiffure pour les chiens !

Le quartier s’appelle Obrajes et on y trouve des tas de commerces, des clubs de remise en forme, des choses que je n’ai même jamais imaginées. Je regarde les animaux, et les objets réservés aux gens riches, les montres, les bijoux, les vêtements... et surtout les vitrines garnies de maillots de foot !

Mais ce qui retient encore plus mon attention, ce sont les jeux vidéo. Ça me fascine. Il y a une salle pleine de jeux et au début je reste là, à observer les autres, ceux qui jouent. Pour moi, tout ça est nouveau. Pendant des heures et des heures, je les regarde, les yeux écarquillés pour ne rien rater. Le temps n’existe plus. Ce qui me vaut quelques ennuis. Parfois, quand je rentre, mon père est déjà

là. Je me fais gronder parce que je traîne dans la rue et que je laisse mon frère seul à la maison. Seulement, la plupart du temps, mon père est absent. Il travaille ou il rejoint ses copains, dans les bars… Il rentre souvent très tard. Il y a plus de tentations à La Paz. 



Dominique CADIOU <domi.cad2@gmail.com>

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