Chapitre 4 Arrivée à La Paz

La capitale de la Bolivie, La Paz, et sa périphérie, rassemble presque deux millions d’habitants, en majorité d’origine indienne. Avant d’entrer dans la ville, il faut traverser El Alto, un immense bidonville où vient s’entasser un flux incessant d’immigrants des campagnes. Dans cette « banlieue » perchée à 4 000 mètres d’altitude, les maisons, souvent vétustes, s’alignent le long de rues en terre cahoteuses et jonchées de détritus. La pauvreté est partout présente, à peine dissimulée sous les étals colorés de quelques marchés.

Mais ce n’est pas à El Alto que Yurgen, Yansen et leur père vont s’installer. Bien au contraire…

Pendant plus de trois heures, le bus a roulé sur l’Altiplano, au milieu de la poussière, à quatre mille mètres d’altitude. Puis on traverse un quartier pauvre, mais j’ai à peine le temps de le voir : les nids-de-poule secouent le bus dans tous les sens !

Et soudain nous plongeons dans une immense cuvette. C’est La Paz ! Plus nous descendons, plus les immeubles s’élèvent autour de nous. Certains dépassent les églises ! Je n’ai pas assez de mes deux yeux pour tout voir !

Arrivés à la gare routière, on se dépêche de descendre du bus. Il y a du monde partout, une vraie foule dont mon père parvient à nous extraire. Nous quittons la gare et je me souviens ensuite de ces rues interminables dans lesquelles nous marchons. On marche longtemps. Les vitrines des commerces se succèdent. Les trottoirs sont trop étroits pour les passants et les vendeurs des rues qui s’installent où ils peuvent. Les taxis et les voitures nous frôlent, les minibus aussi, avec leurs crieurs accrochés aux portières, qui annoncent les destinations.

« San Pedro ! San Pedro ! » « Plaza de la Católica ! Plaza de la Católica ! »

Je me rapproche de mon père. J’ai l’impression de ne pas exister pour cette foule. On marche, on marche. Yansen, mon petit frère, a sept ans. C’est dur mais on a l’habitude. On ne se plaint pas. Déjà, on n’a pas de bagages. Mon père a fait un premier voyage pour trouver la maison et apporter nos affaires. Surtout notre télé. J’espère qu’elle n’est pas cassée.

On marche, on marche. Les rues sont interminables. Pas facile de s’orienter dans ce labyrinthe. À chaque intersection, mon père se gratte la tête.

On trouve enfin la maison. Elle est située aux abords d’un quartier chic, dans le sud de la ville, l’endroit le plus bas. Mon père nous explique que, à La Paz, les riches vivent en bas. En haut, tout en haut, sur l’Altiplano, au bord de la cuvette, vivent les pauvres. Ils vivent là, dans leur misère. Leur monde s’appelle El Alto. C’est La Paz, mais ce n’est pas vraiment La Paz. C’est une autre ville, celle des pauvres, des vraiment très pauvres. Heureusement, notre maison est en bas. Presque chez les plus riches, pas très loin de l’ambassade de France. Ici, on construit de belles maisons à deux étages ! Elles sortent de terre un peu partout, comme par magie.

Bien sûr, la nôtre est beaucoup plus modeste. En fait, ce n’est qu’une pièce, juste une chambre au centre d’un terrain muré. Mon père connaît le propriétaire et elle sera bientôt vendue pour devenir une belle maison. En attendant, c’est chez nous, contre un loyer bon marché et la mission de surveiller le terrain... À peine arrivés à La Paz, on a déjà une mission ! Je me souviens en avoir ressenti une certaine fierté. Et même si notre maison d’Oruro était plus grande, je m’en fiche. Ce qui m’importe, c’est qu’on soit ensemble, mon père, mon frère et moi. 



Dominique CADIOU <domi.cad2@gmail.com>

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